Essor du tourisme au Rwanda : un exemple pour l’Afrique

La capitale du Rwanda, Kigali, a créé la surprise en juin 2017 lors qu’elle fut classée troisième destination africaine en matière de tourisme d’affaires par l’Association Internationale des Congrès et Conventions (ICCA). Ce classement est d’autant plus impressionnant quand on prend la mesure des handicaps de ce pays par rapport à bien d’autres capitales côtières africaines  beaucoup plus accessibles d’un point de vue géographique. Mais, contrairement à ces dernières, Kigali, située à plus de 2000 km de la mer, a bénéficié de l’implication de son État stratège. Ce dernier a su d’abord planifier une stratégie de développement touristique pour atteindre des objectifs de développement global. Ensuite, le gouvernement rwandais a su piloter l’exécution de cette stratégie, avant que cette reconnaissance de l’ICCA ne vienne sanctionner le fruit de ses efforts. Un an plus tard, le pays défrayait la chronique en lançant un sponsoring du club de football d’Arsenal pour un montant de 40 millions de dollars sur 3 ans. La polémique, soulevée par les détracteurs de ce pays, a poussé les autorités à donner des explications qui révèlent encore une fois une stratégie de développement touristique bien ficelée contrairement à l’amateurisme ambiant sur le reste du continent.

Une vision et une stratégie en filigrane

La Vision 2020 du Rwanda est la stratégie de développement national qui entend faire du Rwanda un pays à revenu intermédiaire d’ici 2020 et se passer de l’aide au développement. Mais pour arriver à ce macro-objectif, il faut créer des business models, c’est-à-dire des activités nationales génératrices de revenus afin de remplacer les revenus tirés de l’aide au développement. C’est dans ce cadre que l’État rwandais a identifié de nombreux secteurs, dont le tourisme. Ce dernier fait partie des piliers du développement économique de ce pays, car en attirant les touristes, le pays attire des « devises étrangères » qui prendront au fur et à mesure la place de celles issues de l’aide au développement. Selon Frank Murangwa, directeur exécutif du Rwanda Convention Bureau, un organisme créé en 2016, « le tourisme a été identifié il y a plusieurs années comme un pilier important pour le développement du Rwanda, car créateur d’emplois et générateur de devises ».

Le tourisme d’affaires

Peu connu du grand public, le tourisme d’affaires peut être défini comme l’Industrie des Rencontres et Événements professionnels. Ce secteur d’activité a été ciblé comme un segment à fort potentiel et une stratégie a donc été mise sur pied depuis 2013. Pour sa mise en œuvre,  un organisme public de 35 personnes fut fondé : le Rwanda Convention Bureau. Il a pour mission de veiller à la qualité des conférences, de répondre aux appels d’offres pour les grands événements ou encore de promouvoir la destination Kigali à travers le monde. En dehors de l’Afrique du Sud, c’est un des rares pays africains à disposer d’un tel organisme pour mettre directement en contact les entreprises et les opérateurs privés. Pour capter une part de ce marché du tourisme d’affaires, la ville de Kigali s’est dotée de 3 400 chambres d’hôtel moyen et haut de gamme pour les délégations.

En effet, le retour sur investissement (ROI) de cette stratégie sectorielle est aujourd’hui palpable. En 2017, ce sont près de 64 millions de dollars qui furent injectés dans l’économie rwandaise grâce à l’organisation de 169 rencontres internationales. Ce ROI connait une croissance supérieure à 10 %, car il s’élevait seulement à 37 millions de dollars en 2015 et à 47 millions de dollars en 2016.

L’écotourisme

Dans ce domaine, le Rwanda a su innover afin de proposer une offre distinctive de celles de ses voisins tanzaniens et kenyans. Ces derniers disposent de réserves naturelles parmi les plus grandes et les plus connues au monde, ainsi que d’une longue expérience en la matière. Cette innovation prend plusieurs formes. L’une d’elles  s’inscrit dans la protection d’une espèce menacée : le gorille des montagnes. Le Kwita Izina, qui est l’une de ces innovations, est une cérémonie annuelle où les bébés gorilles nés dans l’année reçoivent des noms donnés par des parrains. Cela a participé à la protection de cette espèce menacée, tout en contribuant, de manière très subtile, à donner de la visibilité à une attraction majeure pour les touristes : observer les gorilles dans les forêts du Parc National des Volcans. Ce tourisme de luxe (environ 1 300 euros de l’heure !) est le fer de lance de la politique offensive d’ouverture au tourisme du Rwanda.

Quelles leçons pour l’Afrique ?

Le pays aux mille collines reçoit désormais annuellement 1,2 million de touristes. La progression est spectaculaire si on sait que le pays recevait moins de 200 touristes par an en 1993. Entre 2010 et 2017,  les revenus du tourisme ont doublé au Rwanda en passant de 200 à 400 millions de dollars. Kigali est passée de la 24e place des destinations africaines du tourisme d’affaires à la 3e place à l’échelle du continent en seulement 36 mois. Comme il l’a fait avec le sponsoring du club d’Arsenal pour promouvoir la destination Rwanda, le gouvernement rwandais vient de nouer, ce mercredi 31 octobre 2018, un partenariat avec le géant chinois du e-commerce : Alibaba. Ce dernier fera désormais la promotion de la destination Rwanda sur le marché chinois à travers son agence de voyage appelée Fliggy. Les touristes chinois pourront, en passant par Fliggy, faire en ligne la réservation de vols, d’hôtels. Ils pourront également bénéficier d’expériences de voyage (virtuel) et d’un pavillon de destination leur permettant de découvrir le pays, notamment ses parcs naturels via des casques de réalité virtuelle comme dans la photo ci-dessous.

L’objectif est de capter une partie des 63 millions de touristes chinois qui visitent le monde chaque année.

En effet, l’analyse du développement du secteur touristique rwandais montre que les résultats honorables ne sont pas tombés du ciel. Il y a là les fruits d’une stratégie bien ficelée, que l’État a pu exécuter en se dotant des moyens humains et institutionnels nécessaires. Parmi ces moyens, on note la création d’un bureau des congrès, l’innovation événementielle comme le Kwita Izina, le développement de l’offre hôtelière, la simplification des procédures de voyages. Le gouvernement rwandais promeut activement la destination Rwanda à travers le sponsoring et des partenariats public-privé, comme avec Alibaba. Il fournit de gros efforts pour maintenir la salubrité publique, au point que l’ONU Habitat a ainsi déclaré Kigali « ville la plus propre d’Afrique » en 2016 pour la troisième année consécutive. Autant d’actions mises en œuvre par l’État rwandais, qui n’avaient aucun résultat immédiat mais qui, mises bout à bout, ont permis les résultats actuels du secteur touristique rwandais. Elles constituent une démarche, une méthodologie bien structurée qui donne des résultats spectaculaires. Ceux-ci n’ont rien d’un quelconque miracle, et l’Afrique devrait s’en inspirer pour développer son secteur touristique et bien d’autres secteurs à forte valeur ajoutée.

Diallo Mamadou,

La Plume d’Ishango, pour ADN

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